PrEP : en avant toute chez les hommes homosexuels

Dans une salle archicomble et électrisée, Sheena McCormack (University College London, Londres) et Jean-Michel Molina (Hôpital Saint-Louis, Paris) ont présenté mardi des travaux de recherche qui feront date dans le champ de la prévention, démontrant chacun une très forte efficacité de stratégies à base de prophylaxie pré-exposition chez les hommes homosexuels.
Publié le 25.02.2015.
PrEP, PROUD, Ipergay, vih

L’essai anglais PROUD, présenté en premier, a prouvé non seulement qu’il est parfaitement possible d’intégrer la PrEP dans le paquet de services de soins et de prévention offerts en routine par les centres de santé sexuelle en Angleterre, mais aussi qu’elle réduit massivement le risque d’infection chez les personnes recevant quotidiennement la combinaison TDF/FTC. L’étude prévoyait deux bras, l’un ayant un accès immédiat à la PrEP, et l’autre un accès différé (12 mois après le début de la recherche).

Les investigateurs ont observé 19 séroconversions dans le bras « différé » (et ce malgré un fort recours au traitement post-exposition, utilisé au moins une fois par un tiers de ce groupe), contre seulement 3 dans le bras avec accès immédiat. Cette différence représente une diminution de 86% du risque d’infection.


C’est exactement le même taux de diminution qui a été retrouvé dans Ipergay, premier essai à démontrer l’efficacité d’une stratégie de PrEP « à la demande » (à savoir concentrée au moment de l’exposition sexuelle), toujours chez les hommes homosexuels.

En détaillant les résultats, Jean-Michel Molina a précisé qu’il y a eu 16 infections dans le bras placebo contre 2 dans le bras avec intervention. Pour ce qui est de ces dernières, les analyses pharmacologiques ont montré qu’elles n’avaient pas de traces de TDF/FTC dans le sang lors des deux visites précédant le diagnostic, ce qui laisse penser qu’elles avaient décidé d’interrompre la PrEP.


Que ce soit dans PROUD ou dans Ipergay, les taux d’incidence du VIH ont largement dépassé les prévisions des investigateurs (8,9% dans PROUD, et 6,6% dans Ipergay). Ceci semble indiquer que ces études - et c’est un élément positif - ont attiré le public qui en a le plus besoin, mais aussi qu’il est urgent d’agir pour infléchir la courbe de l’épidémie dans ce groupe particulièrement touché, notamment en  accélérant la mise à sa disposition de la PrEP à un niveau européen.

Veronica Noseda - Sidaction